Nous avons eu le plaisir de nous entretenir avec Alexandre STEPANOV, Post-doctorant au sein de la Chaire RPNS - Régulation des plateformes numériques et souveraineté et Antoine HARQUET, Post-doctorant au sein du Projet SAGES. Tous deux, anciennement doctorants de l'institut ont rejoint depuis peu les projets de recherche de l'IRENEE en tant que Post-doctorants.

1/ Pouvez-vous revenir sur votre parcours doctoral et ses grandes lignes ?
A.S. : Mon parcours doctoral suit une trajectoire relativement linéaire, mais dense. J'ai entamé ma thèse intitulée "L'acte administratif algorithmique" au sein de l'IRENEE à la rentrée 2019 et l'ai soutenue fin 2024, à l'issue de cinq années de travaux. Durant cette période, j'ai occupé successivement un poste de doctorant contractuel, financé par l'Initiative Lorraine Université d'Excellence, puis un poste d'attaché temporaire d'enseignement et de recherche. À l'issue de la soutenance, j'ai assuré des enseignements en tant qu'enseignant contractuel à la Faculté de Droit, Économie et Administration de Metz. En parallèle, j'ai obtenu la qualification aux fonctions de Maître de conférences par la section 02 du CNU, étape décisive pour la suite de mon parcours.
A. H. : Mon travail de thèse, consacré à la protection de la culture en droit de l’Union européenne, a débuté avec l’obtention d’un contrat doctoral. J’ai poursuivi sous le statut d’attaché temporaire d’enseignement et de recherche et j’ai achevé la rédaction à l’issue d’un LRU. Mon parcours de thèse a ainsi été marqué par une place très importante dédiée à l’enseignement. Cette expérience a profondément nourri mon travail de recherche en me permettant à la fois de développer une vision unifiée du droit public et d’attacher une grande attention à la clarté de mon propos. Sur le fond, ma thèse analyse la manière dont l’Union européenne définit et met en œuvre une protection de la culture, en s’intéressant aux objectifs poursuivis ainsi qu’aux instruments mobilisés. Cette recherche m’a conduit à travailler plus largement sur les processus décisionnels et les arbitrages entre différentes finalités a priori d’égale importance.
2/ Quelles sont vos missions et votre rôle au sein des projets de recherche de l'IRENEE ?
A.S. : L'organigramme de la chaire est assez simple, composée de son titulaire, Maximilien LANNA, et de moi-même. Ce format à deux favorise une collaboration étroite et continue, où les échanges scientifiques sont permanents. Tout en m'inscrivant pleinement dans cette dynamique collective, je dispose également d'une réelle autonomie pour mener des projets de recherche individuels.
Dans ce cadre, j'interviens sur un large spectre d'activités scientifiques au service des axes de la chaire. Deux chantiers structurent actuellement mon travail. Le premier est la direction scientifique du séminaire "Plateformes numériques et vie privée", qui se tiendra à Nancy le 24 mars prochain, et la publication des actes qui en découleront. Le second est la co-rédaction, avec Maximilien LANNA, d'un Livre blanc consacré à l'impact des plateformes numériques sur les collectivités territoriales et aux réponses juridiques qu'elles ont pu élaborer. Ce document articule une analyse juridique théorique avec des témoignages recueillis auprès d'acteurs de terrain (élus locaux, responsables administratifs). L'une de mes missions concrètes consiste précisément à identifier ces interlocuteurs, à prendre contact avec eux et, le cas échéant, à les auditionner. En outre, je poursuis d'autres travaux relevant du droit du numérique : communications en colloques et tables rondes et publications d'articles. Enfin, ce post-doctorat m'a également offert l'opportunité de préparer la publication de ma thèse aux éditions Mare & Martin, ce qui représente un aboutissement important.
A. H. : En tant que chercheur post-doctorant au sein du projet SAGES (Santé Grand Est Éthique et décision) coordonné par Maria FARTUNOVA-MICHEL, je participe à la mise en œuvre du projet, qui vise à construire un processus décisionnel opérationnel centré sur l’éthique. Destiné à l’Agence régionale de santé Grand Est, ce dispositif s’articule notamment autour de la question de l’accès aux soins. À la suite d’Anne-Laure RIOTTE (précédente Post-doctorante sur ce projet) qui a conduit de nombreux entretiens auprès d’institutions, de professionnels de santé, d’associations et d’élus ; ma mission consiste à exploiter et analyser ces données de terrain. Ces « remontées du terrain » sont croisées avec une veille juridique, en particulier sur les évolutions récentes du système de santé. Je contribue également à la valorisation du projet, à travers l’organisation de séminaires et la préparation d’un ouvrage collectif. L’ensemble de ces missions implique enfin l’organisation et l’animation de réunions avec les différents acteurs du projet, afin de faire vivre une recherche collective et pluridisciplinaire.
3/ En quoi ce post-doctorat constitue-t-il une étape stratégique dans votre trajectoire académique et vos projets professionnels futurs ?
A.S. : Le post-doctorat me semble une opportunité rare et précieuse de se consacrer pleinement à la recherche, sans les contraintes qui pèsent habituellement sur le doctorant ou l'enseignant-chercheur. Durant le doctorat, la thèse absorbe l'essentiel, l'enseignement prend le reste, et les questions qui débordent le périmètre du sujet principal n'avancent qu'au prix de la date de soutenance. À cet égard, j'ai eu la chance que les axes scientifiques de la chaire RPNS coïncident étroitement avec mes propres intérêts en droit public du numérique, ce qui me permet aujourd'hui de travailler librement sur des problématiques qui me tiennent à cœur.
Cette expérience est en effet valorisante pour mon projet professionnel. Ayant déjà dispensé des travaux dirigés et cours magistraux, je cherchais précisément à consolider mon volet recherche pour présenter un profil plus équilibré. Mon objectif reste d'obtenir un poste de Maître de conférences, et j'espère que ce post-doctorat rendra ma candidature plus solide. Mais le profil scientifique du travail ouvre également d'autres horizons : chaire de professeur junior, chargé de recherche au CNRS - autant de pistes que je n'exclus pas d'explorer.
A. H. : Ce post-doctorat constitue pour moi une étape stratégique, car il s’inscrit dans la continuité de mes travaux de recherche tout en me permettant d’en élargir le champ. Après avoir travaillé sur la culture comme objet de politiques publiques, il me donne l’occasion d’appliquer une grille d’analyse — centrée sur les processus décisionnels, les instruments de l’action publique et les arbitrages entre valeurs — au domaine de la santé et de l’éthique. Il représente également une étape importante dans la consolidation de mon profil de chercheur, en renforçant l’articulation entre analyse juridique et travail de terrain au contact direct des acteurs concernés.
Enfin, ce post-doctorat s’inscrit pleinement dans mes projets professionnels futurs, en me permettant de développer des recherches appliquées, utiles à la décision publique, tout en poursuivant un travail de valorisation scientifique à travers la rédaction d’articles.